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De Da Nang à Hué, le train prend le temps du col

Entre Da Nang et Hué, le train traverse le relief de Hai Van. Un trajet où tunnels, ouvertures sur la côte et scènes de gare composent une étape à part entière.

Un train longe un versant verdoyant près de la côte du centre du Vietnam.

Entre Da Nang et Hué, le train suit une portion de la ligne nord-sud vietnamienne où le relief impose son propre rythme. Le trajet relie deux villes du centre du pays, mais il ne se résume pas à leur distance. À mesure que la rame s’éloigne de Da Nang, la voie s’approche du massif de Hai Van, puis redescend vers les environs de Hué. Le temps de trajet devient une manière de lire le paysage : une baie apparaît, un tunnel interrompt la vue, puis les collines reprennent leur place dans la fenêtre.

À la gare de Da Nang, le départ se prépare dans une agitation ordinaire. Des voyageurs consultent leur billet, cherchent leur voiture ou attendent près des portes, tandis que les annonces rythment les derniers instants sur le quai. Je prends le temps de repérer ma place et de ranger mon sac sans gêner le passage. Dans un train de cette ligne, les usages sont simples : on s’installe, on partage l’espace de circulation et l’on laisse le personnel rejoindre les voitures. La gare n’est pas seulement un seuil vers une destination ; elle fait déjà partie du carnet de route.

Quand le train quitte Da Nang, la ville se défait peu à peu. Les quartiers bâtis laissent place à des ouvertures sur la côte, puis le relief se rapproche. À l’approche du col de Hai Van, la voie s’inscrit dans une succession de courbes et de tunnels : le paysage ne reste pas constamment visible, et c’est aussi ce qui donne sa mesure à la traversée. La lumière change sur les pentes, une trouée révèle la mer, puis la paroi du tunnel ramène au bruit régulier des roues. Je ne cherche pas à photographier chaque fenêtre ; quelques instants d’attention suffisent à sentir le passage entre deux versants.

Depuis la fenêtre du train, la mer apparaît entre les pentes verdoyantes du col de Hai Van.
La vue côtière se dévoile par trouées entre les tunnels et les reliefs.

Après le massif, le trajet se poursuit vers Hué dans une ambiance différente. La ligne quitte progressivement les reliefs les plus marqués et traverse des paysages plus ouverts. Dans la voiture, les gestes restent modestes : un sac que l’on déplace pour libérer un siège, une boisson posée sur la tablette, une conversation à voix basse. Ce sont des détails sans prétention, mais ils donnent au voyage sa texture quotidienne. Pour qui observe les transports du quotidien, la ligne régionale ne sépare pas simplement deux étapes : elle relie des espaces habités et rend perceptible la géographie du centre vietnamien.

À l’arrivée, Hué se présente après ce temps passé entre fenêtres, tunnels et haltes. Je descends sans avoir l’impression d’avoir traversé le pays d’un seul trait : le trajet a plutôt composé une transition, lente et concrète, entre la ville côtière de Da Nang et l’ancienne cité impériale. Ce voyage en train rappelle qu’un itinéraire peut s’apprécier à l’échelle de ses changements de lumière et de relief, sans multiplier les étapes. Dans un carnet de voyage, la traversée du col mérite ainsi sa place autant que la destination.