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Sur la ligne de Pingxi, le train suit les vallées du nord de Taïwan

De Ruifang à Jingtong, la ligne de Pingxi traverse les vallées du nord de Taïwan et relie des haltes où se croisent usages quotidiens et histoire minière.

Un train régional de la ligne de Pingxi longe des maisons et des commerces à Shifen.

Au nord-est de Taïwan, la ligne de Pingxi relie Ruifang à Jingtong en remontant des vallées où les reliefs resserrent les routes et les cours d’eau. Le trajet tient en quelques haltes, mais il invite à regarder autrement la distance : depuis la fenêtre, les pentes boisées, les maisons et les passages au-dessus de l’eau composent un paysage qui change à mesure que le train avance. Je prends place sans attendre un grand panorama. Ce sont plutôt les seuils qui retiennent mon attention : un quai, une passerelle, une rue qui semble se rapprocher des rails.

La ligne est liée à l’histoire minière de la région, où le chemin de fer a servi au transport du charbon. Aujourd’hui, il assure aussi une liaison entre plusieurs villages et accueille des voyageurs venus découvrir les vallées. Ces usages coexistent sans se confondre. À bord, certains consultent leur téléphone, d’autres regardent dehors ou gardent leurs sacs près d’eux. Le train n’est ni un décor immobile ni une attraction à lui seul : c’est un moyen de rejoindre une halte, de poursuivre une journée, ou de retrouver une correspondance à Ruifang.

À Shifen, le quai se trouve au bord d’une rue bordée de commerces, et les rails passent tout près des façades. Le bruit du train modifie un instant les conversations et les déplacements, puis la rue reprend son mouvement. Je reste attentive à cette proximité, qui demande de regarder où l’on marche plutôt que de photographier seulement les voies. La gare, les boutiques et le passage du convoi forment un même espace traversé par des usages différents. Pour qui voyage à pied, cette halte donne aussi l’occasion de ralentir, de s’éloigner un peu des rails et de suivre les chemins qui longent la rivière.

Un train passe près des commerces et du quai de la gare de Shifen.
À Shifen, la gare et la rue se côtoient au plus près des rails.

Entre les stations, le trajet ménage des vues brèves sur les versants et les maisons installées dans les replis du terrain. La fenêtre devient un cadre qui ne reste jamais longtemps identique : un pont apparaît, un talus masque le paysage, puis une trouée laisse voir l’eau. Ce rythme donne au temps de trajet une texture particulière. On n’a pas besoin de descendre à chaque arrêt pour comprendre que la ligne dessert des lieux habités ; les jardins, les petites routes et les bâtiments visibles depuis le train suffisent à rappeler que le paysage n’est pas séparé de la vie quotidienne.

Jingtong, au terminus, invite à prolonger la marche plutôt qu’à repartir aussitôt. Le village conserve des traces de son passé minier, notamment dans les bâtiments et les aménagements associés au chemin de fer. Je préfère les observer sans chercher à résumer toute l’histoire du lieu en une seule halte. Quelques pas autour de la gare font apparaître des détails concrets : la disposition des voies, les devantures, les pentes proches. Selon le temps disponible et les horaires du jour, on peut choisir de s’attarder ou de reprendre le train ; mieux vaut garder une marge pour la correspondance à Ruifang.

Sur la ligne de Pingxi, le voyage se mesure moins à la distance parcourue qu’aux transitions entre les arrêts. Le train relie des villages, mais il donne aussi à voir comment les rails s’inscrivent dans une vallée habitée et façonnée par son histoire. Dans mon carnet de route, je garde le souvenir d’une rue qui s’interrompt au passage d’un convoi, puis reprend son cours. C’est une manière attentive de traverser le nord de Taïwan : laisser le trajet exister, avec ses haltes, ses correspondances et ses paysages entre deux stations.